26 mai, 2026

VICTOR JARA : UN SYMBOLE DE LA GAUCHE RÉCUPÉRÉ PAR L’EXTRÊME DROITE À BÉZIERS

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L'Humanité
Nous publions cet appel lancé par l’association des ex-prisonniers politiques chiliens en France et soutenu par plusieurs mouvements des droits humains en Amérique latine. / Robert Ménard, maire de Béziers, a annoncé qu’il inaugurera le 27 mai un buste de Víctor Jara, figure emblématique de la chanson révolutionnaire chilienne, assassiné par la dictature de Pinochet en 1973. Il s’agit d’une appropriation inacceptable d’un symbole de la gauche par celui qui représente tout ce contre quoi Víctor Jara a lutté, à l’heure où la menace fasciste s’accroît dangereusement dans le monde entier.

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Discours de monsieur Robert Ménard, maire de Béziers

Tribunes Publié le 26 mai 2026

ROBERT MÉNARD À BÉZIERS
 LE 15 NOVEMBRE 2025 
PHOTO SYLVAIN THOMAS
Qui est Robert Ménard ? Après avoir milité dans sa jeunesse au sein de la Ligue communiste révolutionnaire puis du Parti socialiste, il a opéré un virage radical, embrassant des positions d’extrême droite.

► À penser en dessin : FENÊTRE SUR COUR

Durant sa présidence de Reporters sans frontières (1985-2008), sous prétexte de défendre la liberté de la presse, il a principalement mené des campagnes contre Cuba et le Venezuela chaviste. Ainsi, en 2003, RSF a été condamnée par les tribunaux français pour utilisation abusive de la célèbre photographie d’Ernesto Che Guevara prise par Alberto Korda. L’organisation avait superposé le visage du Che sur l’image d’un CRS levant sa matraque contre un étudiant en mai 1968 à Paris, en y ajoutant le commentaire : « Bienvenue à Cuba, la plus grande prison du monde pour les journalistes. »

Élu maire de Béziers en 2014 avec le soutien du Front National (devenu depuis Rassemblement National), Robert Ménard a systématiquement mené une politique de stigmatisation des immigrés et un soutien inconditionnel à la politique génocidaire d’Israël.

Le buste de Víctor Jara sera installé sur l’allée « Ukraine libre » à Béziers, où se côtoient étrangement des résistants assassinés par le fascisme avec des « victimes du communisme ».

On peut également voir dans cette allée les bustes de deux victimes israéliennes de l’attaque du Hamas du 7 octobre, mais aucun des plus de cent mille civils palestiniens tués par l’armée israélienne à Gaza, aucun des 20 000 enfants tués par les bombes ou abattus de sang-froid.

Dans le numéro de mai du Journal du Biterrois, journal officiel de la ville et de l’agglomération de Béziers, une sorte de roman-photo décrit Víctor comme « le grand chanteur populaire du Chili. Révolté contre l’injustice, il s’est engagé auprès du président Salvador Allende », omettant sciemment son appartenance au Parti Communiste chilien, sa lutte pour une société socialiste, sa défense de la révolution cubaine, c’est-à-dire tout ce qui le situait aux antipodes des positions de Robert Ménard.

Nous n’avons aucun recours légal pour empêcher M. Ménard de profiter de l’image de Víctor Jara pour blanchir la sienne, en détournant l’histoire en la vidant de sa dimension politique ; nous ne pouvons que dénoncer la bassesse et la médiocrité de sa manœuvre de récupération de cet héritage.

La lutte continue, et nous maintiendrons notre soutien au mouvement populaire chilien, qui s’oppose actuellement au gouvernement ultra-réactionnaire de José Antonio Kast, partisan de Pinochet, qui a déclaré qu’il examinerait et étudierait toutes les demandes de grâce, sans exception, y compris celles émanant de personnes condamnées pour crimes contre l’humanité. Cette mesure pourrait fort bien profiter aux assassins de Víctor Jara.

Signataires :

Association des ex-prisonniers politiques chiliens en France

Avec le soutien de :

Fondation Víctor Jara (Chili)

Association 40 guitares pour Victor Jara

Federation D'associations Chiliennes En France (Fedach France)

France Amérique Latine (FAL)

Comité international pour la liberté de Mauricio Hernández Norambuena

Collectif Droits Humains au Chili (France)

Réseau International d’Appui aux Prisonniers Politiques au Chili (RIAPPECH)

Terre et Liberté pour Wallmapu

Rodrigo Arenas, député LFI,

Mireille Fanon Mendès-France, ex-présidente du Groupe de travail d’experts sur les afro-descendants (Commission des droits de l’homme, ONU).


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